Publi le jeudi 03 avril 2008

À chacun son bout de terre

03 04 2008

            L’actualité et les réalités agricoles évoluent grandement au gré du temps et des époques. Il n’y a de cela pas si longtemps, on ne se souciait pas ou peu de la protection du territoire agricole. On ne voyait les développements urbains comme des menaces. Cependant, la réalité a beaucoup évolué au cours des dernières années. Les gens délaissent les villes et préfèrent de plus en plus demeurer en banlieue afin de se procurer un plus grand confort et un plus grand espace. Cependant, le confort des uns fait l’inconfort des autres comme on peut le dire puisque les superficies agricoles québécoises se sont vues diminuées incroyablement au cours des dernières années. Tellement qu’une commission de protection du territoire agricole (CPTAQ) a dû être mise en place au Québec. Le développement urbain doit stopper et vite d’empiéter sur le territoire agricole puisque les terres se font de plus en plus rares. Cependant, comme aucune mesure n’est parfaite, plusieurs dossiers et débats font surface par rapport à la protection du territoire. Ce qu’on constate, c’est qu’il est devenu très difficile pour un exploitant agricole de tenter de nouveaux projets comme des gîtes ou autres infrastructures qui pourraient être liées à la ferme à cause des limitations territoriales. D’un autre côté, il est, disons le, plus que frustrant de voir un homme comme Paul Martin qui, par son influence politique, se permet de mettre de l’avant un projet de construction de terrain de golf personnel sur une de ses terres jugée zone verte. Ce qu’il faut faire et qui n’est pas défini, c’est de tracer une ligne. De situer une limite. Une mesure ou une loi ne peut pas être effective seulement quand elle convient au gouvernement. Au cours de l’année dernière, un exemple flagrant a été vécu en ce sens. La CPTAQ a littéralement été bafouée par le gouvernement Charest lorsque ce dernier a décidé de retirer le dossier Rabaska à la CPTAQ et donc tout pouvoir décisionnel qu’elle pouvait y apporter. Un tel projet, s’il est réalisé, pourrait pourtant avoir un impact négatif sur 300 à 400 hectares selon un rapport commandé par la CPTAQ. Peut-on soulever un manque de logique et de cohérence? Je pense que oui. Il est décourageant de voir de tels détournements seulement pour le bien-être et la satisfaction de nos hautes et chères instances politiques. Comment peut-on augmenter la population tout en diminuant les superficies arables qui peuvent nourrir cette population? Ne s’agit-il pas ici d’un paradoxe? Du moins, l’UPA s’est lancée, et avec raison, à la défense de la CPTAQ. Ce qu’il faudrait, pour assurer une vraie protection agricole, serait de favoriser l’implantation d’exploitations liées à l’agricole plutôt que tout autre chose. Pendant que des centres d’achats et des cinéma sont construits sur des terres à l’origine agricoles, de petits producteurs ont peine à mettre à terme leurs projets qui pourtant, font beaucoup de sens. Ce qu’on constate, c’est que pour vraiment sécuriser le territoire agricole, le gouvernement québécois, les MRC, les municipalités, et les individus devront faire leur bout de chemin. Un apport de tout le monde est nécessaire. On peut alors dire en conclusion que ce qui assurerait un véritable contrôle du territoire agricole et de façon équitable serait d’établir des priorités d’action et de ne pas plier devant des projets avancés par de grandes multinationales qui pourraient nuire à la protection du territoire de façon marquée même si ces projets sont très souvent lucratifs. Depuis 10 ans, 4 400 hectares de bonnes terres agricoles sont perdus chaque année. Comme les terres agricoles du Québec ne représentent que seulement 2% de la superficie totale de la province, il est important de considérer cet enjeux comme l’un des plus importants à l’heure actuelle au Québec.